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Journée technique Grandes Cultures Biologiques
Ce 23 mars l’ITAB (Institut Technique de l’Agriculture Biologique) et Arvalis (Institut du Végétal) organisaient un colloque relatif aux grandes cultures bio à Paris.
En cliquant sur le lien suivant, ou en allant voir sur ce site : ITAB vous aurez accès aux actes du colloques. Pour ceux qui n’auraient pas accès à Internet, vous pouvez nous laisser vos coordonnées et nous vous feront parvenir les actes dans les plus brefs délais (081. 62.50.36).
Première partie : Réflexions autour de l’azote, des matières organiques et des engrais verts.
Les « produits » utilisés pour les fertilisations de printemps.
Bien qu’il soit admis que l’essentiel des fournitures azotées dans les systèmes de grandes cultures biologiques provient de la fourniture du sol et des précédents légumineuses (idéalement 1/3 de l’assolement), les fertilisants azotés organiques issus de produits résiduaires (= PRO) sont régulièrement utilisés dans le cadre de la fertilisation de printemps des céréales. La vigilance semble être de mise car ces PRO sont nettement plus difficiles à gérer que les engrais minéraux. De plus l’azote qu’ils comprennent se trouve sous des formes diverses et évolue fortement au cours du temps et selon les produits. Il est aussi très difficile de prendre en compte les facteurs pédoclimatiques qui entrent en jeu dans les processus de dégradation de ces matières organiques et qui donnent des effets marqués sur la culture. Dès lors, il est très délicat de conseiller des agriculteurs dans leurs démarches de fertilisation pour une matière donnée. Si le facteur prix des PRO intervient, la question de la rentabilité est encore plus délicate… (augmentation du rendement avec un seuil de significativité de 3q/ha sur 70% des essais et du taux de protéines dans 30% des cas pour une valeur de 0,5%). Cette dernière approche a été réalisée via un outil d’aide à la décision (dans la région Centre en France) qui indique que moins de 30% des apports sont rentables en prenant l’UN à 1,5€ et le froment à 26,5€/q en plus des frais d’épandage.
Quelques précautions d’usage permettent d’augmenter le rentabilité des apports. Ainsi, pour des produits liquides, comme des lisiers ou des vinasses, les pertes d’azote par volatilisation sont souvent sous-estimées. Pour les éviter, il convient de les intégrer rapidement dans l’horizon superficiel du sol (l’idéal étant de le faire dans les 2 heures qui suivent l’épandage). Cette théorie est aussi applicable aux produits solides à action rapide mais les modèles ne semblent pas encore éprouvés.
Quant aux essais les plus récents, ils tentent d’expliquer le comportement des PRO d’abord en labo et sous conditions contrôlées avant de vérifier les données aux champs sur sol nu.
Même si la méthode peut séduire un certain nombre de scientifiques, ces conditions me semblent bien éloignées des lois de la nature qui règlent nos cultures (qui plus est si celles-ci sont bio). Notons néanmoins l’évolution progressive allant de l’utilisation de coefficients globaux d’effet direct à la prise en compte d’une certaine dynamique de cette fertilisation (Azofert, Azolis). Enfin, des études sont en cours (projet Casdar : gestion durable des sols) pour mieux quantifier les effets azote, issue de matières organiques d’élevages, sur le long terme.
La piste des précédents culturaux a aussi été abordée : ils influencent fortement sur les effets de la fertilisation de printemps. Cette influence se marque autant sur le rendement que sur le taux de protéines.
Réflexion Eddy Montignies (REM) : Le rendement et le taux de protéines sont-elles les seules valeurs qui comptent pour les céréales ? Le référentiel utilisé est-il le bon ?
Des pistes :
- continuer la caractérisation des engrais organiques au labo et améliorer l’extrapolation des résultats aux conditions de plein champ ;
- la connaissance des reliquats d’azote en sortie d’hiver est intéressante pour pouvoir ajuster les apports en fonction de ses attentes ;
- améliorer et rendre opérationnels les outils d’aide à la décision : l’apport d’engrais organiques sur les céréales au printemps est souvent réalisé de façon systémique mais économiquement parlant, il n’est pas toujours judicieux;
- acquérir des références régionales afin de mieux appréhender les facteurs limitants.
D’autre part, une réflexion globalisée à toute une rotation s’impose en bio face à une réflexion à la culture.
Les engrais verts
Ceux-ci peuvent être abordés de diverses manières en fonction des enjeux poursuivis : limiter le lessivage des nitrates, lutter contre l’érosion des sols, stocker des matières organiques et du carbone dans le sol. Chacun de ces cas de figure demande des adaptations du système de culture pour gérer au mieux l’implantation de la culture suivante et optimiser la synergie.
Quelque soit le type de plante qui sera semé, le premier but est d’obtenir un couvert bien développé. La période entre deux cultures est assez courte dans nos régions ce qui n’est pas toujours favorable à une bonne implantation de toutes les familles de plantes.
La famille qui devrait nous intéresser le plus, en ce qui concerne son action fertilisante, est celle des légumineuses. Elles ont une capacité à fixer l’azote atmosphérique qui leur permet de se développer très correctement dans des conditions ou l’azote disponible est un facteur limitant pour d’autres plantes comme les céréales ou les crucifères. Etant donné que l’installation des légumineuses est assez lente, il conviendrait de les semer sous un couvert de céréales. Dans ce cas, un semis à la volée suivi d’un passage de herse étrille est conseillé vers le stade fin du tallage-début montaison. Ce sont les trèfles, luzerne ou minette qui répondront le mieux aux semis de printemps (légumineuses à petites graines).
Par contre, pour des installations après une céréale à paille, ce sont les légumineuses à grosses graines qui semblent le mieux convenir : vesces, pois, féverole, …avec un semis le plus précoce possible (juste après la moisson).
La mise en place de ces couverts interfère avec les méthodes de désherbage mécanique et il faudra rester bien prudent, surtout sur des terres avec un fort potentiel d’adventices. Cette remarque vaut pour des couverts installés entre deux cultures ; la logique est différente pour ceux installés pour une plus longue période. Dans ce cas, des fauches (ou broyages) successives peuvent en partie résoudre un certain nombre de problèmes. L’intérêt de ces couverts en terme de désherbage est une piste qu’il serait intéressant de suivre de plus près en grandes cultures …
REM : Jusque maintenant, tout le monde s’est toujours intéressé aux parties aériennes des plantes, ne serait-il pas intéressant de s’intéresser aussi aux systèmes racinaires pour inclure la part d’azote qui pourrait s’y trouver mais aussi la quantité de MS qu’elles apportent ? Le rôle de ces racines ou leurs actions sur le sol est aussi un aspect qui pourrait nous intéresser.
Avant de clore ce chapitre, abordons la question de la destruction ou de l’incorporation des couverts. Sans Glyphosate, il faut penser autrement…et il convient de bien réfléchir aux périodes de destruction en fonction du type de sol sur lequel on se trouve. Le respect de cette consigne amènera les meilleurs effets pour les cultures suivantes.
REM : Attention, les dates qui, agronomiquement, conviendraient ne correspondent pas toujours à celles indiquées par la MAE couverture du sol (destruction après le 1er janvier). Dans ce cas précis, il faut bien réfléchir aux avantages et inconvénients de ce type de contrat (pour 5 ans) sans pour autant remettre en cause le fondement de la méthode.
Beaucoup de questions restent ouvertes et le sujet reste vif d’intérêt : permaculture, élargissement des rotations ; semis sous couverts ; couverts diversifiés ayant des rôles multiples … la voie est ouverte à la réflexion et aux essais…
Pour en savoir plus :
- www.itab.asso.fr rubrique agronomie puis « Fertiagribio »dans « programmes de recherches et d’expérimentation »
- A commander au CEB : Guide des matières organiques de l’ITAB, 2001, tomes 1 et 2.
- Articles dans Alter Agri : http://www.itab.asso.fr/publications/arch-aa.php#agronomie
- Fertiliser avec les engrais de ferme (doc. inter-institut) : http://www.editions-arvalis.fr (page 9 du catalogue, réf.030001)
- Echo-MO, revue sur l’actualité des sciences et techniques sur les matières organiques : http://www.orgaterre.org
Deuxième partie : Rentabilité des systèmes de grandes cultures biologiques
Résultats technico-économiques, estimation des coûts de production et des marges nettes
Les résultats technico-économiques de la première présentation sont issus d’un réseau de 12 fermes en grandes cultures biologiques (depuis au moins 6 ans) réparties sur 9 départements. Ce réseau porte sur près de 1500 ha (10% des surfaces occupées par des exploitations céréalières en zone centre) et les résultats ont été collectés à la parcelle. Dans la seconde présentation, l’intérêt s’est porté sur la détermination des coûts de productions sur un autre réseau de fermes « pilotes ». Cet indice permet à l’agriculteur de se situer par rapport à un prix de vente et de mesurer ses performances économiques. Une autre approche, celle des marges nettes, permet de mettre en avant la rentabilité d’une culture. Ces deux derniers indices sont précieux au sein d’une exploitation.
REM : Un tel réseau de fermes « réelles » ferait vraiment avancer le secteur bio en région wallonne tant sur le plan des techniques que sur le plan de la recherche et de la diffusion du savoir. Dans le cadre de l’agriculture biologique, il serait intéressant de suivre ces fermes non pas sur une culture bien précise mais sur des schémas de rotation complets et à long terme sachant que l’effet de bonnes pratiques ne se perçoit parfois pas avant quelques années.
Je vous invite à prendre connaissance des chiffres exacts qui sont repris dans les actes du colloque avant de lire la suite de ce texte.
L’année 2007 montre des rendements assez faibles (parfois jusque 30% en moins) avec une forte variabilité sur certaines cultures, par rapport aux années précédentes. Cette chute est expliquée par des conditions climatiques difficiles tout au long de la campagne.
Outre l’intérêt de pouvoir chiffrer des marges brutes par type de culture et donc de pouvoir se positionner par rapport à un référentiel local, l’exposé à aussi montré des calculs prenant en compte l’effet des précédents ; logique qui me semble cruciale en bio. Dans l’étude présentée, le précédent le plus répandus est le protéagineux (féverole, pois). Il n’est pourtant pas celui qui garanti les meilleures marges brutes ! La luzerne reste à ce titre le meilleur choix tant par l’augmentation des rendements qu’elle entraîne que par la diminution des charges opérationnelles. Les précédents trèfles et « non légumineuses » (colza, …) suivent de près la luzerne. A l’opposé, le précédent céréale entraîne une marge brute la plus faible car les charges opérationnelles sont importantes et les rendements sont faibles.
Tout ceci devrait être pris en compte lorsqu’on raisonne la fertilisation (qui entre pour une large part dans les charges de productions). La logique d’imputer une augmentation des rendements ou du taux de protéines par la seule action du fertilisant utilisé à été considérée comme un peu simpliste… il faudrait aussi pouvoir interpréter le potentiel du sol et l’ensemble de l’itinéraire technique effectué par l’agriculteur. Cette dernière approche cadre mieux avec l’approche globale des systèmes bio abordée en rapportant les coûts de production à 1 tonne de produit de vente (on s’affranchit ainsi des fluctuations de prix de vente). Ceci faisait l’objet de la seconde présentation.
En abordant l’estimation des coûts de production selon la méthode Arvalis (logiciel compéti-lis®), la charge (financière) induite par l’utilisation de fertilisant est répartie de différentes façons en fonction de leur action :
- minéralisations rapides (fientes de volailles, vinasse et farine de plumes), 100% en première année ;
- minéralisations lentes, elle est répartie sur plusieurs années ;
- fumier de bovins, porcins ou équins (40% en 1ère année, 30 % en 2ème et 30 en 3ème );
- compost de fumier de bovins, porcins ou équins (20%,40%,40%) ;
- compost de déchets verts (33%, 33%, 33% ).
Le raisonnement s’applique aussi aux engrais verts.
Cette approche est très intéressante dans le cadre de l’exploitation de résultats d’essais de fertilisation en terme de marges (brutes ou nettes). Elle montre une fois encore les limites d’une gestion des fermes culture après cultures et non sur la rotation complète.
Petite parenthèse sur un autre point important en agriculture bio : le désherbage.
Celui-ci a été retiré du calcul des charges opérationnelles dans la première présentation or il peut constituer un poste relativement important en fonction des cultures, des parcelles et des outils utilisés.
La herse étrille est l’outil le plus utilisé (40% des surfaces) après la bineuse (20% de surfaces) et la houe rotative (des combinaisons sont aussi utilisées dans une moindre mesure). Pour les parcelles qui ont du être désherbées, on compte en moyenne 1,4 passage d’outil. L’ordre de grandeur pour le coût de ces passages a été estimé à 10€/passage pour la herse étrille, 20 €/passage pour la houe rotative et 25 €/passage pour la bineuse (ce qui est confirmé par le second conférencier). On peut clore la parenthèse… sachant que les charges de mécanisation en agriculture bio sont souvent liées au désherbage.
Dans la plupart des exposés, les chiffres sont issus de cultures prises de façon séparées alors qu’une approche sur une rotation aurait pu amener des chiffres intéressants (en tenant compte de l’effet précédent). On considèrerait alors certaines cultures comme des investissements visant à améliorer la parcelle par la suite. La conclusion de la première présentation va dans ce sens en insistant sur le fait que la répétition de l’exercice sur une longue période estomperait « l’effet année » tant sur les prix que sur les rendements.
En se basant sur l’autre exposé, on constate une grande variabilité des coûts de production d’une ferme à l’autre et entre régions (là où les rendements sont plus élevés, les coûts diminuent, ce qui semble logique).
Les postes qui entraînent le plus de variabilité sont la mécanisation et les intrants. On remarque de suite que les fermes en polyculture élevage ont des coûts moindres pour l’achat des engrais et que les agriculteurs qui sèment des semences fermières ont des coûts moindres que ceux qui utilisent des semences certifiées.
Les charges de mécanisation varient en fonction du mode de gestion du matériel (CUMA, …), de la taille des exploitations et de l’itinéraire technique.
REM : Quid des périodes d’intervention qui sont assez restreintes en bio. La surface qui pourra être travaillée durant la période idéale va dépendre du débit de chantier. Ce point marque une très grande différence avec la logique des grandes cultures gérées selon la logique conventionnelle.
Enfin, la comparaison entre le conventionnel et le bio montre que ce dernier entraîne des charges de productions plus importantes dues à une mécanisation plus élevée mais aussi à des rendements plus faible.
REM :Doit-on effectuer ainsi cette comparaison? Le référentiel utilisé (agriculture conventionnelle) est-il juste ou pertinent ? …
Un outil de comparaison nous a été présenté en fin de journée. Celui-ci semble aider des agriculteurs en reconversion ou en tout cas suscite de vives réactions lors de réunions d’agriculteurs. Il a le mérite de lancer des débats et d’aborder les questions technico économiques de façon formalisée.
A l’issue de cette journée technique, force est de constater que l’agriculture biologique rencontre de plus en plus d ‘adhérents. Alors qu’elle faisait sourire bon nombre de grandes institutions il y a quelques années seulement, celles-ci se posent maintenant des questions et orientent leurs recherches dans ce sens. Utiliseront-elles les mêmes démarches que celles qu’elles ont utilisé en agriculture conventionnelle ? Les lois du libéralisme mondialiste seront t’elles aussi à la base d’une tendance en agriculture biologique ? Nous devront rester très prudent.
Une chose est selon moi certaine : il ne faut pas tenter de définir comment on peut encadrer des agriculteurs pour les aider à produire mais il faut tenter de les accompagner au mieux dans leurs démarches personnelles. Quant aux produits, avant de vouloir les vendre à l’échelle mondiale, il serait déjà intéressant de les écouler localement via des filières bien organisées et offrant non seulement une rémunération à l’agriculteur mais aussi une valorisation personnelle et environnementale (mettre en valeur l’effet du terroir sur le produit). C’est probablement l’enjeux de l’agriculture biologique : bien nourrir le pays !
Eddy Montignies
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